
Petit rappel :
L’Anxiété (et les crises d’angoisse, que l’on range souvent avec), un grand mal de notre temps et de notre lieu. Difficile à décrire tant ses symptômes sont variés et nombreux, et tant ils peuvent changer selon les individus. Le point commun reste cependant cette sensation de tension et d’angoisse chronique, handicapante, sans qu’il y ait nécessairement eu un déclencheur connu et identifié.
Souvent confondue avec le stress ou la nervosité (elle s’en rapproche à de nombreux égards), elle est intimement liée à notre système nerveux central (notre bonne vieille cervelle), mais irradie sur de nombreux autres systèmes et organes de notre corps. Douleurs digestives, oppression de la poitrine et difficultés à respirer, maux de tête… L’anxiété est un trouble chronique à ne pas prendre à la légère qui peut s’avérer extrêmement lourd à porter au quotidien.
Les traitements classiques :
Bon, tout ça, si vous souffrez effectivement d’anxiété chronique ou d’ »attaques de panique », vous le savez probablement déjà. Mais, comme j’ai pu moi aussi le vivre par le passé, on se sent souvent un peu démuni, les leviers conscients de notre angoisse nous ayant été semble-t-il confisqués et toute tentative de se raisonner semblant vouer à l’échec.
Alors évidemment, c’est un poncif pour tout ce qui aura trait à la santé mentale, mais le traitement n°1 reste une psychothérapie. Ça peut paraître lent, frustrant voire effrayant, mais c’est un des seuls moyens de se débarrasser directement et sainement des causes profondes de notre anxiété, ou à minima de les rendre inoffensives. Mais le temps qu’on détricote notre psyché avec la ou le thérapeute, on continue de vivre avec son anxiété et à être affecté par elle au quotidien. Il est donc normal de vouloir calmer les « symptômes », et quoi de mieux que les plantes pour ça ?
En effet, les anxiolytiques ou les calmants nerveux sont des médicaments qui font peur (et en bonne partie à raison). Dans les cas ou l’anxiété n’est pas trop sévère, la plupart des gens rechigneront à avaler des molécules type benzodiazépines au vu de leurs effets secondaires souvent lourds.
Attention
Évidemment, à aucun moment dans cet article et ce site de manière générale les conseils prodigués ne se substituent à un suivi médical. Si vous êtes sous traitement, consultez impérativement votre psychiatre ou votre médecin traitant avant de modifier quoi que ce soit ou d’y intégrer un traitement phytothérapeutique.
Plantes médicinales et anxiété chronique ? :
Dans les cas d’anxiété légère à modérée, on pourra effectivement privilégier l’action de certaines plantes ayant un effet anxiolytique, antispasmodique ou calmant nerveux, suivant les symptômes que l’on subit. Beaucoup de plantes ont été utilisées depuis des temps immémoriaux contre l’ »hystérie » (sic), le « nervosisme », et d’autres termes désuets. Si la psychiatrie est en règle général le parent pauvre de la phyto, les anciens ne s’étant que peu penchés sur le sujet, les crises de panique et l’anxiété sont une des exceptions à cette tendance.
Voyons ensemble quelques unes de ces stars de l’angoisse :
Ballote noire – Ballota nigra

La Ballote noire, ou ballote fétide (oui oui, ça donne envie) est une petite plante européenne de la famille des Lamiacées. Elle pourrait faire penser à la mélisse, de loin, mais ses feuilles plus duveteuses et pointues sont là pour nous aider à les différencier. De plus, une fois en fleur, les feuilles vont avoir tendance à rougir, voir noircir, d’où son premier nom. Mais c’est surtout à l’odeur qu’on sera vite fixé !
En effet, contrairement à l’odeur citronnée et rafraichissante de la mélisse, la ballote va avoir une odeur terreuse, forte et pas franchement agréable. Fournier la décrit comme une « odeur de cave humide »…
Pour cette raison, on évitera la tisane, qui serait franchement une épreuve à boire, au profit de l’alcoolature, tout aussi rude mais à consommer à plus faibles doses.
Cependant, si son goût n’est franchement pas incroyable, ses propriétés, elles, le sont ! Antispasmodique et anxiolytique, la ballote va agir à la fois sur les symptômes physiques de contractions intestinales ou du thorax et en même temps agir sur le système central en apportant apaisement et calme. Tout cela sans effet sédatif, donc pas de coup de mou en plein milieu de journée.
Pour moi, c’est vraiment la plante qui vient retirer le poids sur le torse et nous permet de reprendre notre souffle dans les moments de crise. Elle est particulièrement efficace sur les douleurs de ventre de l’anxiété et les problèmes digestifs purement d’origine nerveuse. Petit bonus, comme son cousin le Marrube blanc, elle contient de la marubiine, et est donc un très bon expectorant en cas de bronchite ! On lui a également attribué des propriétés anti-vomitives et anti-nauséeuses.
Niveau dosages pour l’alcoolature:
-Valnet nous dit 1 à 2 cuillères à café par jour chez l’adulte
– Fournier nous donne 25 à 40 gttes, 4 fois par jour, et dans les cas d’insomnie nerveuse 1 cuillère à café avant le coucher
– Dans ma pratique personnelle, je monte facilement à des doses d’1/2 cuillère à café jusqu’à 3 fois par jour
Scutellaire – Scutellaria lateriflora & Scutellaria galericulata
Voici maintenant 2 plantes un peu moins connues, surtout de ce côté de l’Atlantique : la Scutellaire à casque (galericulata) et la Scutellaire casquée (lateriflora). Oui, leur nom français n’est pas confusant du tout. La première est indigène et pousse en bord de cours d’eau chez nous tandis que la deuxième, plus connue, vient d’Amérique du Nord.

Les propriétés nerveuses ont été d’abord identifiées chez cette deuxième justement, celle-ci étant dans la pharmacopée traditionnelle des Peuples premiers d’Amérique du Nord. C’est en redécouvrant cette plante lointaine que les praticiens européens se sont à nouveau penché sur notre scutellaire indigène, tombée à l’époque (et encore aujourd’hui dans une certaine mesure si on la compare à sa cousine) dans l’oubli.
Oubli totalement non mérité, vu ses propriétés anxiolytiques et calmantes légères, similaires à Scutellaria lateriflora. Je l’utilise souvent en combinaison avec la Ballote mentionnée plus haut, je trouve leur interaction dans les problématiques d’anxiété particulièrement intéressantes. En bonus, Fournier nous indique qu’elle a été jadis très utilisée contre le paludisme
Pour les dosages, c’est un peu plus compliqué de se baser sur les auteurs classiques, la plante ayant été comme dit plus haut un peu oubliée. Il va falloir aller chercher chez des auteurs américains comme M. Moore, qui nous donne 20-60 gttes d’alcoolature, jusqu’à 3 fois par jours pour Scutellaria lateriflora.
Scutellaria galericulata étant vraisemblablement moins forte, on peut sans risque lui transposer les mêmes dosages.
Valériane officinale – Valeriana officinalis

Et on finit avec la maman de toutes les plantes du système nerveux. Elle était déjà utilisée en 1592 pour guérir de l’épilepsie, et son utilisation comme médicament « nervin » n’a fait qu’enfler depuis. Antispasmodique, sédative, hypnotique, elle vient agir comme la ballote sur l’ensemble du système nerveux, mais avec une action calmante plus marquée. On évitera donc de l’utiliser en milieu de journée.
Pour la Valériane, ce sont les racines que l’on utilise, qui dégagent une odeur marquée, que certaines personnes ne supportent pas. Personnellement, je la trouve assez agréable, florale, mais à vous de vous faire votre avis ! En tout cas, cette racine ne supporte pas le séchage, donc inutile d’envisager en acheter un sachet pour s’en faire une tisane. Là encore, je recommande l’alcoolature, encore la forme la plus simple et la plus adaptée.
Il faut vraiment voir la valériane comme le couteau-suisse des troubles nerveux en phyto. Elle n’excelle pas forcément dans tous les cas, mais elle aura un effet, que ce soit de l’anxiété, les migraines, l’irritabilité, les attaques de terreur ou diverses névroses… Attention au surdosages cependant qui peuvent causer des nausées et des vertiges.
Niveau doses, Fournier nous donne 20 à 60gttes par jour d’alcoolature. Valnet nous dit quant à lui 2 à 10g / jour.
Voilà, c’est tout pour ce petit tour de quelques plantes calmantes et anxiolytiques qui me paraissaient particulièrement pertinentes. Bien sûr, 3 plantes, c’est loin d’être exhaustif, donc ne vous arrêtez pas à cela, et restez curieux.ses !

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